Attribué à JAIME SERRA
Documenté à Barcelone de (1358 à 1389)

Lot 1
25 000 - 30 000 €
Résultats avec frais
Résultat: 137 808 €

Attribué à JAIME SERRA
Documenté à Barcelone de (1358 à 1389)


SAINT MARTIN PARTAGEANT SON MANTEAU
Peinture à l'oeuf sur panneau de bois
H.134cm; L. 145,5cm
Etat:
Panneau constitué de quatre planches au fil horizontal assemblées à joints vifs, renforcées au revers par un parquet en bois fixe. Fentes longitudinales visibles au centre et dans le haut du tableau. Surface picturale: usures, restaurations
Singulière image, sans doute destinée à orner la chapelle de la famille dont les armoiries apparaissent dans le haut du tableau, cette oeuvre célèbre l'un des évènements de la vie de saint Martin selon le récit de la Légende Dorée de Jacques de Voragine. A la sortie d'Amiens le saint, encore jeune soldat, rencontre en hiver un nécessiteux à demi-nu - qui s'avèrera être le Christ - et partage son manteau afin de le couvrir. La scène occupe tout l'espace du tableau. Elle se déroule sur un chemin brun semé de touffes herbeuses et se découpe sur un fond bleu orné de motifs blancs en forme de petites croix que surmontent deux blasons identiques.
La composition en frise est rythmée par les verticales des jambes du cheval parallèles aux corps du saint et du pauvre, et reliées par l'horizontale sinueuse du manteau rompue par les diagonales de l'épée du saint et de son fourreau. L'artiste utilise un langage clair, situe la scène dans un climat de sérénité, n'exclut pas les formes volumétriques certes étirées, qu'il place dans un espace confiné animé par les lignes ondulantes du corps du cheval et du manteau rouge doublé de fourrure reliant les protagonistes. Même simplicité dans le choix de la gamme chromatique réduite aux couleurs primaires et dans la description de l'ornementation que l'artiste réserve au fond bleu, à l'harnachement du cheval et à l'auréole dorée du saint. La position insolite de ce dernier retourné sur sa monture témoigne de sa bienveillance charitable envers le déshérité conformément à l'esprit du récit de la légende mais aussi à celui du franciscanisme promoteur à l'époque de l'idéal d'humanisme. Tout ceci montre un artiste sensible à l'assimilation des modes italiens et particulièrement siennois -on pense évidemment à Simone Martini à Assise - imprégnation déjà synthétisée à Barcelone au début du XIVe siècle par l'atelier de Ferrer et Arnau Bassa auquel succèdera après leur disparition en 1348 celui des frères Serra: Francesc l'aîné, Jaume, Pere qui fit son apprentissage à partir de 1357 chez Ramon Destorrents et Joan. Atelier familial fécond qui produisit nombre de retables pour les institutions religieuses royales, diocésaines, conventuelles ou privées de Catalogne ou d'Aragon où le travail était soit communautaire, associatif ou personnel (cf. J. Gudiol, S. Alcolea y Blanch, Pintura gotica catalana, Barcelone 1986, p. 52-60 et R. Alcoy y Pedros, «El taller dels Serra» in L'art Gotic a Catalunya, Barcelone 2005, Vol. I).
De cet atelier dominé par les personnalités de Père et de Jaime qui travaillèrent un moment ensemble jusqu'en 1365, on pourra rapprocher le style de notre panneau de celui de Jaime. Des oeuvres qui ont été attribuées à ce dernier et où l'on retrouve la même ambiance de calme et de pondération, on citera quelques détails: la tête de saint Martin est très voisine de celle du donateur au pied de la vierge dans le retable de Palau de Cerdagne (vers 1360-1370)1 ou de celles du saint Etienne ou de certains personnages masculins du retable de Gualter2; le crâne oblong et barbu du mendiant trouve son alter ego, entre autres, dans la figure émaciée du Christ crucifié au sommet du retable de Sixena3 et les cavaliers qui l'accostent chevauchent les mêmes montures à la crinière bifide, au harnachement identique maintenu par le même mors triangulaire que celui de saint Martin. Nous sommes ici dans une ambiance stylistique fort proche qui pourrait trouver un complément d'information sur la genèse de ce panneau par une recherche plus approfondie de l'héraldique.
1 Barcelone, Museu d'art de Catalunya, n°3947; cf. Guidol, Alcolea, op. cit. fig.249, cat. 121 2 Gudiol, Alcolea, figs.20 et 244, cat. 120
3 Barcelone, Museu d'Art de Catalunya, inv. 15916; Gudiol, Alcolea, fig. 18, 231 cat.110, ces auteurs sont les seuls, à notre connaissance à attribuer ce retable au Maître de Sixena, la plupart des historiens le retiennent de la main de Jaume Serra.
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