Rare cabinet à décor marqueté sur trois faces…

Lot 166
30 000 - 50 000 €

Rare cabinet à décor marqueté sur trois faces…

Rare cabinet à décor marqueté sur trois faces
De branchages fleuris et feuillagés à touches d'ivoire ou os au naturel ou teinté sur fond d'écaille teintée rouge; de forme rectangulaire, il ouvre par douze tiroirs encadrant un portillon architecturé à demi-colonnettes découvrant le théâtre à jeux de perspectives paysagées peintes sur les façades des tiroirs intérieurs; il repose sur son piétement ouvrant en ceinture par trois tiroirs et à tabliers chantournés, supporté par six colonnes à cannelures simulées réunies par une entretoise également marquetée.
Attribué à Pierre Gole Epoque Louis XIV (restauration d'usage)H: 160 - L: 120 - P: 38 cm
C'est dans un contexte particulièrement difficile que débute le règne de Louis XIV, toutefois en 1660 son mariage apaise les tensions. Par la suite, les différentes guerres, de Dévolution (1667-1668), de Hollande (1672-1678) et de Succession d'Espagne (1701-1713), ainsi que les interminables campagnes de la Ligue d'Augsbourg (1688-1697), ponctuent un long règne au cours duquel se dessinent quasi définitivement les frontières de la France moderne. Parallèlement à ces campagnes militaires coûteuses, le roi s'engage dans des entreprises de travaux considérables, notamment l'aqueduc de Maintenon et la construction du château de Versailles, qui se veulent les symboles de son absolutisme et de la grandeur technologique et artistique de la France. Pour financer ces projets, son ministre Colbert réorganise les finances de l'Etat et encourage le système du profit tout en tentant de le réguler. Ainsi les différentes mesures économiques prises au cours des vingt premières années du règne, enrichissent considérablement la France, l'on assiste à l'émergence des grands financiers qui, à l'instar du roi, tendent à une existence très confortable. Ce contexte économique et artistique privilégié attire les artistes et les artisans européens; la manufacture des Gobelins, établie par un édit de 1667, illustre la volonté du roi et du ministre de se libérer des contraintes italiennes et de créer de grandes corporations capables de subvenir aux commandes royales et à celles de riches particuliers. Souvent d'origine flamande ou italienne, peintres, sculpteurs, orfèvres, ébénistes...convergent vers cette France ambitieuse et apportent avec eux leur savoir-faire.
Dans le domaine spécifique de l'ébénisterie, le style Louis XIII avait été marqué par une grande sobriété et l'on avait privilégié particulièrement les placages sombres rehaussés de sculptures ou moulures. Sous le règne de Louis XIV, l'on assiste à l'adoption définitive du décor marqueté afin d'enrichir les panneaux des meubles plaqués de bois précieux ou noirci. Cette technique révèle encore les fortes influences italiennes et flamandes, dont Pierre Gole fut l'un des plus brillants initiateurs; puis progressivement l'esthétique française se dessine, les bois fruitiers font place à l'écaille aux teintes brune ou rouge enrichie des matériaux des plus divers et des plus rares: corne teintée, nacre, ivoire... En parallèle un type bien précis de marqueterie se développe et semble gagner la faveur des artisans et des amateurs, la marqueterie de métal ou «marqueterie Boulle» qui grâce à un découpage de deux plaques superposées de métal et d'écaille rend possible l'obtention d'un double motif de placage similaire permettant aux ébénistes de créer un meuble et son pendant, l'un dit «en première partie» sur fond d'écaille, le second nommé «en contrepartie» ou «seconde partie» sur fond de métal; notons qu'il était fréquent que les artisans emploient ces deux techniques sur un même meuble (voir notamment une armoire d'André-Charles Boulle conservée au musée du Louvre; illustrée dans D. Alcouffe, A. Dion-Tenenbaum, A. Lefébure, Le mobilier du Musée du Louvre, Tome 1, Faton, Dijon, 1993, p.81, catalogue n°20).
Ainsi vers la fin du XVIIe siècle et au début du siècle suivant, la marqueterie domine l'ensemble de la production des grands ébénistes parisiens. Certains modèles de meubles, souvent austères sous le règne de Louis XIII, se parent alors de décors luxuriants devenant ainsi, plus que des objets utilitaires, de véritables pièces artistiques. C'est particulièrement le cas du cabinet que nous proposons, dont l'originalité du décor, l'équilibre des proportions et, plus largement, la composition générale, nous permettent de le rattacher à l'oeuvre de l'ébéniste Pierre Gole. En effet, plusieurs cabinets réalisés dans le même esprit sont répertoriés et étudiés dans l'ouvrage de Lunsingh Scheurleer consacré à l'ébéniste: Pierre Gole, ébéniste de Louis XIV, paru en 2005. Parmi les modèles répertoriés, citons particulièrement:
- Un premier cabinet, vendu à Londres en juin 1988, qui appartient de nos jours aux collections du Museum of Fine Arts de San Francisco (illustré dans A. Pradère, French Furniture Makers, The Art of the Ebeniste from Louis XIV to the Revolution, Londres, 1989, p.48, fig.4).
- Un deuxième, conservé à Burghley House à Stamford, est reproduit dans Th. H. Lunsingh Scheurleer, Pierre Gole, ébéniste de Louis XIV, Editons Faton, Dijon, 2005, p.124.
- Un troisième est exposé au Rijksmuseum d'Amsterdam (paru dans «Keuze uit de aanwinsten», Bulletin van het Rijksmuseum, 45, 1997, p.227-229).
- Un quatrième appartenant à la Galerie Didier Aaron est en placage d'écaille rouge, le portillon marqueté d'une statuette en pied représentant Louis XIV (voir C. Demetrescu, Le style Louis XIV, Les éditions de l'Amateur, Paris, 2002, p.95, fig.73).
Pierre Gole (vers 1620-1685) figure parmi les plus importants artisans parisiens du règne de Louis XIV. Originaire des Flandres, il vient s'installer à Paris et est mentionné en activité dans l'atelier d'Adriaan Garbrandt dès le début des années 1640. Gole, nommé ébéniste de Louis XIV en 1651, est surtout connu pour les nombreuses commandes prestigieuses qu'il reçut du Garde-meuble de la Couronne, livrant des tables, cabinets, bureaux...d'une inventivité inouïe pour l'époque. Après une brillante carrière, il meurt à Paris en 1685; son inventaire après décès, dressé par un notaire parisien, révèle alors l'importance et la qualité de la production de l'artisan qui, jusqu'à la fin de sa vie, fut entièrement dévoué à la création de pièces d'ébénisterie luxueuses essentiellement réalisées pour les grands amateurs parisiens et les membres de la famille royale.
Mes ordres d'achat
Informations sur la vente
Conditions de ventes
Retourner au catalogue